Quitter Google Photos pour Proton, Ente ou Immich ?
Quitter Google Photos, deux clouds chiffrés (Proton, Ente) et deux solutions à héberger soi-même (Ente, Immich). On compare avant de choisir.
Introduction
Ouvre Google Photos sur ton iPhone. Fais défiler. Il y a là dix ans de vie, les visages de tes enfants scannés un par un, les lieux que tu as visités classés sur une carte, tes reçus, tes captures d’écran, tout indexé, tout reconnu, tout lu. Gratuit. Enfin, gratuit comme l’était Gmail.
Tu veux partir. Bonne idée. Sauf que « quitter Google Photos », ce n’est pas remplacer une app par une autre, c’est répondre à deux questions avant même de choisir un logiciel.
Première question : tu veux qu’un éditeur héberge tes photos pour toi, clé en main, ou tu veux les faire tourner sur ta propre machine ? Deuxième question : le chiffrement de bout en bout, celui qui rend tes photos illisibles même pour le service qui les stocke, c’est rédhibitoire ou négociable ? Tes réponses tracent deux routes très différentes.
Alors on procède dans l’ordre, honnêtement, y compris là où ça fait mal. D’abord les deux clouds chiffrés, ceux qui hébergent pour toi sans jamais pouvoir lire tes souvenirs : Proton et Ente. Ensuite, pour ceux que ça intéresse, les deux solutions que tu fais tourner chez toi : Ente encore, et Immich. Oui, Ente revient deux fois. C’est le seul du lot à jouer dans les deux cours, cloud chiffré comme Proton, hébergeable chez toi comme Immich.
Un mot pour les pressés : le second bloc, celui de l’auto-hébergement, s’adresse à ceux qui veulent gérer leur propre serveur. Si monter une machine à la maison n’est pas ton truc, saute-le sans remords, la partie cloud suffit largement à te sortir de chez Google.
Les critères qui comptent
Comparer trois photothèques sur le nombre de gigas, c’est passer à côté du sujet. Ce qui compte quand tu confies dix ans de photos de famille à un service, c’est autre chose. Voici la grille.
Le chiffrement réel. Est-ce que le service peut, techniquement, regarder tes photos ? Le vrai test, c’est le zero-access : les clés sont générées sur ton appareil, le serveur ne stocke que du chiffré, et même sous injonction il ne peut rendre que de l’illisible.
L’ouverture du code, et l’audit. Open source côté app, c’est bien. Open source côté serveur aussi, c’est rare. Un cabinet indépendant qui a lu ce code et publié son verdict, c’est encore plus rare. Ces trois cases ne sont pas cochées par les mêmes.
La juridiction. Où vivent les serveurs, et sous quelle loi. La Suisse est hors CLOUD Act. L’Union européenne applique le RGPD. Les États-Unis, eux, ont un texte qui oblige une entreprise américaine à livrer des données même stockées à l’étranger. Retiens ce détail, il départage deux candidats.
L’app photo au quotidien. Backup automatique en arrière-plan, import depuis Photos d’Apple, albums, recherche, présence sur Mac ET iPhone. C’est là que Google Photos excelle, et c’est là que la plupart des alternatives souveraines calent.
Le prix et le modèle. Gratuit financé par la pub, abonnement honnête, ou gratuit parce que c’est ton propre disque dur. Trois économies différentes.
La pérennité. Le jour où la société ferme, tes photos deviennent-elles inaccessibles ? Une grosse boîte solide et un petit projet auto-hébergeable ne répondent pas pareil à cette question.
Six critères. Aucune des trois solutions ne les remporte tous, c’est précisément tout l’intérêt du comparatif : te permettre de choisir ce qui compte le plus pour toi. Et deux d’entre eux, la juridiction et la pérennité, ne se lisent pas de la même façon selon que tu confies tes photos à un éditeur ou que tu les gardes sur ta machine. La suite le montre, bloc après bloc.
Héberger chez l’éditeur : Proton contre Ente
Deux clouds, deux vraies promesses de chiffrement de bout en bout. Chez Proton comme chez Ente, les clés naissent sur ton appareil et le serveur ne voit passer que de l’illisible. Autant dire que le chiffrement ne les départagera pas, les deux tiennent la route sur ce terrain. Ce qui les sépare, c’est trois choses : l’ouverture du code, l’audit indépendant, et la juridiction sous laquelle vivent tes photos.
Proton Photos
Philosophie : offrir une photothèque chiffrée de bout en bout, intégrée à une suite complète, sans que tu aies à comprendre comment ça marche. Le pari du clé-en-main « souverain ».
Proton, tu connais peut-être déjà. C’est l’entreprise genevoise derrière Proton Mail, Proton VPN, Proton Pass. Photos n’est pas un produit à part : c’est une fonction de Proton Drive, qui hérite de tout son chiffrement. Tu actives le backup dans l’app iOS, et à partir de là, chaque photo est chiffrée sur ton iPhone avant de partir vers les serveurs. OpenPGP sur courbe Curve25519, AES-256 pour le contenu. Proton ne détient pas les clés. Même les métadonnées sont chiffrées.
Les forces :
- Chiffrement zero-access réel, hérité de Drive. Proton ne peut pas voir tes photos, point de départ non négociable de tout l’édifice.
- Juridiction suisse. Hors Union européenne, hors États-Unis, donc hors CLOUD Act. La loi fédérale sur la protection des données, révisée, s’aligne sur le RGPD. Serveurs en Suisse et en Allemagne.
- Backup automatique en arrière-plan sur iOS depuis juin 2024, avec déduplication, albums chiffrés, gestion des rafales. Ça tourne tout seul, comme Google Photos, sans que tu y penses.
- Zéro surcoût. Si tu es déjà chez Proton pour le mail ou le VPN, Photos est inclus. Ta suite privacy gère aussi tes souvenirs.
- La boîte la plus solide des trois. Fondée en 2014, plus de 500 personnes, et depuis juin 2024 contrôlée par la Proton Foundation, une entité à but non lucratif dont la mission est verrouillée et qui rend le groupe non rachetable. C’est une garantie de pérennité que ni Ente ni Immich ne peuvent afficher.
Les faiblesses :
- Le code serveur est fermé. Les apps clientes (iOS, Android, web) sont open source depuis septembre 2024, et c’est très bien. Mais le serveur, lui, reste une boîte noire. Sur ce point précis, l’ouverture du code, Proton est le plus fermé des trois candidats. Ironique pour le choix le plus « souverain » en apparence.
- L’audit public ne couvre pas Photos spécifiquement. Le cabinet Securitum a audité l’appli web en 2021, iOS et Android en 2022, résultats publiés en 2023. Solide. Mais un audit dédié à la brique Photos n’est pas confirmé à ce jour.
- Sur Mac, c’est moins abouti. L’expérience Photos est pensée pour iOS d’abord. Sur ton Mac, tu passes par l’app Drive ou par le web, et le confort n’est pas au niveau de l’iPhone.
Pour qui : l’utilisateur qui veut du chiffré, du suisse, et surtout ne rien avoir à installer ni maintenir. Si Proton Mail est déjà ta boîte, la question est presque tranchée.
Prix : gratuit jusqu’à 5 Go. Drive Plus 200 Go autour de 3,99 $/mois. Proton Unlimited 500 Go autour de 9,99 $/mois, qui embarque aussi Mail, VPN, Pass et Calendar.
Ente
Philosophie : faire une seule chose, la photothèque chiffrée, et la faire mieux que quiconque, avec un code que n’importe qui peut lire, et un chiffrement que n’importe qui peut prouver.
Là où Proton fait tout, Ente ne fait que ça. Et ça se sent. Vishnu Mohandas, le fondateur, est un ancien de Google : il a construit l’app photo qu’il aurait voulu trouver en partant.
Le résultat est l’expérience la plus proche de Google Photos côté confort, backup auto en arrière-plan, import direct depuis Photos d’Apple, recherche, albums partagés, tout en restant chiffrée de bout en bout. libsodium, Argon2id pour dériver ta clé, XChaCha20-Poly1305 pour le contenu. Ente ne peut pas déchiffrer tes souvenirs.
Les forces :
- Le seul du trio 100% open source, client ET serveur. Le code du serveur a été ouvert en mars 2024, sous licence AGPL-3.0. C’est exactement la case que Proton laisse vide. Tu peux lire ce qui tourne sur leurs machines.
- Le zero-knowledge est prouvé, pas promis. Audit Cure53 et Symbolic Software en mars 2023, puis un second audit Cure53 côté serveur en octobre 2025, financé par le CERN. Oui, le CERN : le laboratoire est un gros utilisateur d’Ente, et il a payé cet audit pour durcir un outil dont il se sert lui-même, pas pour lui coller un label maison. Ente est le seul dont le chiffrement est à la fois vérifié par un cabinet ET vérifiable dans le code. C’est le sommet de la pile en matière de confiance démontrable.
- Données 100% dans l’Union européenne. Trois copies chiffrées et répliquées : Amsterdam, Francfort, Paris. Tes photos ne quittent jamais le sol européen.
- La meilleure app photo dédiée des trois, sur iOS comme sur macOS, avec une app iPhone et une vraie app desktop sur Mac, pas un onglet de navigateur. Sur ce critère du quotidien, Ente devance Proton.
- Et tu n’es pas prisonnier de leur cloud. Le serveur étant ouvert, tu peux, le jour où l’envie ou le besoin t’en prend, sortir toute ta photothèque de chez eux pour la rapatrier sur ta machine. C’est possible, on y revient plus bas : c’est justement ce qui fait entrer Ente dans le match de l’auto-hébergement.
Les faiblesses :
- L’entité est américaine. Ente Technologies est incorporée dans le Delaware, l’équipe travaille depuis Bangalore, en Inde. Sur le papier, le CLOUD Act s’applique à la société. Dans les faits, il se heurte à un mur : le zero-knowledge fait qu’une injonction ne rapporte que du chiffré illisible, et les serveurs sont en Europe. La juridiction de l’entité est neutralisée par l’architecture, mais elle existe, et l’honnêteté commande de le dire.
- Une petite équipe. Une équipe réduite, entièrement autofinancée, sans un centime de capital-risque. C’est un gage d’indépendance, mais aussi une structure légère face aux plus de 500 salariés de Proton. Le filet de sécurité, ici, ce n’est pas la taille de la boîte, c’est l’auto-hébergement possible.
Pour qui : celui qui veut la meilleure expérience photo sans rien céder sur l’ouverture, ni sur la preuve du chiffrement. Le lecteur pour qui « open source audité » n’est pas un argument marketing mais un prérequis.
Prix : gratuit à vie jusqu’à 10 Go, sans date d’expiration. 50 Go à 2,49 $/mois, 200 Go à 4,99 $/mois, 1 To à 9,99 $/mois, 2 To à 19,99 $/mois. Plan famille jusqu’à cinq personnes.

Le verdict côté cloud. Sur l’ouverture du code et la preuve par l’audit, Ente gagne sans discussion : seul serveur open source du duo, seul audit serveur publié. Sur la juridiction pure et la solidité de la structure, Proton garde l’avantage : la Suisse hors CLOUD Act, plus de 500 personnes derrière le produit, et une fondation qui rend le groupe non rachetable. Deux clouds honnêtes, deux forces qui ne se recouvrent pas.
Héberger chez toi : Ente contre Immich
Changement de décor : ici, le serveur tourne sur ta machine. Ton Mac mini, ton NAS, ton VPS. Du coup, la juridiction sort de l’équation, tes données sont chez toi, sous ta loi, personne d’autre à qui faire confiance.
La vraie ligne de fracture devient le chiffrement. Ente reste chiffré de bout en bout même quand tu l’héberges toi-même. Immich, non, et ce n’est pas un détail.
Ente, tu peux aussi l’héberger toi-même
On a présenté Ente en fiche complète dans le bloc cloud, inutile de tout refaire. Ici on ne regarde qu’une chose : ce qu’il vaut une fois installé sur ta propre machine.
Les forces :
- Le seul self-host chiffré de bout en bout. Son serveur est open source sous AGPL-3.0, tu le déploies chez toi, et il garde son E2EE même auto-hébergé. C’est l’unique solution du comparatif à t’offrir « chez moi » ET « illisible pour quiconque », y compris pour toi qui tiens la machine.
- Une vraie app desktop sur Mac. Même auto-hébergé, tu gardes une app installée sur Mac, là où Immich t’envoie sur le navigateur. L’app iPhone, les deux l’ont, c’est le poste Mac qui départage. Le confort quotidien ne baisse pas quand tu passes en self-host.
- Ton filet de survie. Le jour où l’entreprise ferme, tu rapatries toute ta photothèque sur ton serveur sans rien perdre. Tes souvenirs ne dépendent pas de la santé de la boîte.
Les faiblesses :
- L’auto-hébergement n’est pas la vitrine. Ente est d’abord un cloud. Le self-host est documenté, mais l’équipe le pousse nettement moins qu’Immich, et l’installation est moins packagée, moins mâchée pour toi.
- Une communauté self-host plus petite. Moins de tutos, moins de fils d’entraide, moins de retours d’expérience que l’écosystème Immich le jour où tu cales sur un déploiement.
- La recherche reste un cran sous Immich. Elle existe et elle est bonne, sémantique et reconnaissance faciale comprises, mais Immich pousse le curseur plus loin. Si l’intelligence de la photothèque est ton premier critère, tu le sentiras peut-être.
Immich
Philosophie : te rendre Google Photos à l’identique, la reconnaissance faciale, la recherche, la carte, les souvenirs, mais tournant à 100% sur ta machine, sous ta loi, sans aucune entreprise dans la boucle.
Immich est le projet le plus radical du lot, et le plus impressionnant techniquement. Créé en février 2022 par Alex Tran, il reproduit l’expérience Google Photos dans ses moindres détails, sauf qu’il tourne chez toi.
Tu installes le serveur sur ton Mac mini, ton NAS ou ton VPS, l’app iOS pousse tes photos dessus en arrière-plan, et voilà : une photothèque intelligente dont tu es le seul propriétaire.
Depuis mai 2024, l’équipe cœur est financée à plein temps par FUTO, une société texane pro-open-source, ce qui a sorti le projet du statut de hobby. Version 2.0 stable en octobre 2025, version 3.0 en juillet 2026. Plus de 100 000 étoiles sur GitHub. Le projet est vivant.
Les forces :
- Souveraineté maximale, contrôle total. Tes photos sont physiquement chez toi, sur du matériel que tu possèdes. Aucun serveur tiers, aucune entreprise qui puisse fermer ton compte, changer ses conditions ou se faire racheter. Tu décides où vivent tes données, littéralement.
- Open source intégral, client et serveur, sous AGPL-3.0, avec l’une des communautés les plus actives de tout l’écosystème auto-hébergé.
- Gratuit, réellement. Pas de version payante, pas de fonction bridée. Une licence de soutien existe (99,99 $ à vie par serveur, ou 24,99 $ à vie par utilisateur), mais elle est purement cosmétique, tu n’es obligé de rien. Mais je recommande toujours de soutenir les projets open source, alors si le produit te plaît, fouille dans ta poche !
- L’expérience Google Photos, en mieux sur le plan des principes. Reconnaissance faciale, recherche par contenu, transcodage, carte : tout y est, et tout tourne sans envoyer un octet à Mountain View.
Les faiblesses :
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Pas de chiffrement de bout en bout. C’est le compromis central de la solution. Les données ne sont pas chiffrées sur le serveur. La protection, c’est le chiffrement de disque de ta machine et le TLS de ta connexion, à toi de les mettre en place. L’équipe assume ce choix, elle juge l’E2EE (End-to-End Encryption) incompatible avec les traitements côté serveur, la reconnaissance faciale et la recherche ayant besoin de lire les images en clair. Autrement dit, tu ne troques pas le chiffrement contre rien : tu le troques contre l’intelligence de la photothèque et la maîtrise totale de l’infra. Mais tu le troques.
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Aucun audit public identifié. Le code est ouvert, donc lisible, mais aucun cabinet indépendant n’a publié de verdict à ce jour.
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Pas d’app macOS de première partie. L’app iOS existe et gère le backup auto. Sur Mac, tu passes par le navigateur. Pour un lecteur 100% Apple, c’est une friction réelle.
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C’est toi l’administrateur. Le frein, ce n’est pas la maintenance quotidienne, une fois en place ça tourne. C’est l’installation, les sauvegardes, les mises à jour. Le jour où ton disque lâche sans backup, il n’y a pas de service client à appeler. Tu es le service client.
Pour qui : celui qui héberge déjà des services chez lui, qui a un Mac mini ou un NAS sous la main, et pour qui « mes données sur ma machine » pèse plus lourd que « chiffré chez un tiers ». Il accepte le deal en connaissance de cause.
Prix : gratuit, c’est de l’auto-hébergement. Ton seul coût, c’est le matériel et ton temps.


Le verdict côté self-host. Pour la plupart des gens, le gagnant, c’est Ente. C’est le seul à te donner l’auto-hébergement sans lâcher le chiffrement de bout en bout, avec une vraie app Mac et une recherche intelligente sur l’appareil, un cran sous Immich mais largement suffisante. Le prix à payer, c’est l’installation, et soyons honnêtes là-dessus. Pour juste tester chez toi, le script officiel d’Ente monte tout seul sa base de données et son stockage, c’est à peine plus long qu’Immich. Mais pour une installation durable, celle qui garde tes dix ans de photos en sécurité, Ente te demande de comprendre le stockage objet, un compartiment S3 à configurer, des accès à gérer, là où Immich se contente d’un dossier sur ton disque. Ce n’est pas insurmontable, mais ce n’est pas « un poil », c’est une vraie marche. Immich reste donc le choix de celui qui veut la recherche poussée à son maximum et l’installation la plus simple du lot, et qui accepte de protéger ses photos par le seul chiffrement de son disque. Le vrai partage entre les deux, ce n’est pas « chiffrement ou recherche », les deux savent chercher : c’est l’E2EE, oui ou non.
La synthèse
Trois solutions, trois positions sur deux axes seulement : où vivent tes photos, et sont-elles chiffrées de bout en bout. Le reste en découle. Le résumé sec, service par service.
- Proton, cloud chez l’éditeur, chiffré de bout en bout, mais pas d’auto-hébergement possible.
- Ente, les deux à la fois, cloud chiffré comme Proton et hébergeable chez toi comme Immich, avec l’E2EE dans les deux cas.
- Immich, self-host uniquement, sans chiffrement côté serveur.
Tout le comparatif se lit là, ou presque. Ente est le seul à cocher les deux modes d’hébergement, cloud chiffré ET machine à la maison. Proton verrouille le cloud sans self-host. Immich fait l’inverse, self-host sans chiffrement serveur. Reste à trancher ce que ce résumé ne dit pas.
Chiffrement. Proton et Ente rendent tes photos illisibles pour eux, y compris sous injonction. Immich ne chiffre pas côté serveur, sa protection, c’est le chiffrement de ton disque. Attention au raccourci facile : Immich n’échange pas le chiffrement contre la recherche intelligente. Ente fait aussi de la recherche sémantique et de la reconnaissance faciale, sur l’appareil. Immich est simplement un cran au-dessus sur ce terrain. Le vrai clivage reste l’E2EE.
Juridiction. Proton en tête, Suisse hors CLOUD Act. Ente juste derrière : entité américaine, mais données en Union européenne et injonction neutralisée par le zero-knowledge. Immich hors catégorie, tes données sont là où tu les mets.
Prix. Immich est gratuit si tu as déjà le matériel. Ente et Proton jouent dans la même fourchette au gigaoctet, avec un avantage à Proton si tu prends déjà toute sa suite.
Pérennité. Proton est le roc, plus de 500 personnes et une fondation qui empêche tout rachat par un tiers. Ente est plus petit mais auto-hébergeable, donc survivable, tu récupères tout si la boîte ferme. Immich dépend d’un projet communautaire, mais comme il tourne chez toi, sa disparition ne t’enferme pas dehors.
La recommandation de Mack
La souveraineté ne se résume pas à un drapeau suisse posé sur une icône. C’est un empilement de compromis, et le plus « évident » des trois, Proton, cache le code serveur le plus fermé du lot. Une fois qu’on a digéré ça, le choix devient clair, parce qu’il ne dépend plus du marketing mais de ce que toi, tu refuses de lâcher.
Commençons par les deux qui hébergent pour toi.
Cloud, zéro effort, tu veux juste partir de Google : Proton. Tu actives le backup sur iPhone, c’est chiffré, c’est suisse, et tu n’y penses plus. Et si tu utilises déjà Proton Mail, tu n’as strictement rien de plus à faire. C’est le chemin le plus court hors de chez Google.
Cloud, mais tu veux la preuve du chiffrement et le code ouvert, pas la promesse : Ente. La meilleure app photo dédiée, le seul code entièrement ouvert et audité des deux côtés, des données en Europe. Pour un lecteur exigeant qui veut du concret sous le capot, c’est le cloud le plus complet. C’est aussi le mien quand je recommande une photothèque à quelqu’un qui n’est pas déjà dans l’univers Proton.
Puis, pour ceux qui veulent la machine à la maison.
Self-host sans lâcher le chiffrement, mon choix par défaut : Ente. Tu héberges chez toi, tu gardes l’E2EE et une vraie app Mac. Compte juste une installation plus exigeante qu’Immich le jour où tu la veux durable, le temps d’apprivoiser le stockage objet. Pour qui met le chiffrement au-dessus du reste, ça les vaut.
Self-host, la recherche maximale et l’installation la plus simple priment : Immich, à condition d’entendre le compromis, pas d’E2EE, tu protèges tes photos avec le chiffrement de ton disque et rien d’autre. En échange, le contrôle absolu, la photothèque la plus intelligente du lot, et le déploiement le plus direct.
Un mot pour éviter la confusion : ce comparatif parle de photothèque, de remplacer Google Photos avec du backup automatique. Si ta question porte sur le stockage de fichiers en général, factures, contrats, documents, c’est un autre match, et il se joue ailleurs.
En résumé
Deux clouds chiffrés, deux serveurs à faire tourner chez toi, et un pivot qui joue dans les deux camps. Le fil rouge tient en une seule question : qu’est-ce que tu places au-dessus de tout ? La tranquillité clé en main, la preuve du code ouvert, ou la possession physique de tes fichiers.
Concrètement, selon ton profil :
- Cloud sans effort, déjà chez Proton ou attiré par le tout-en-un suisse : va sur Proton Photos, active le backup iOS, c’est réglé.
- Cloud, mais tu veux la meilleure app et le chiffrement prouvé, pas juré : installe Ente, importe depuis Photos d’Apple, laisse le backup auto faire le reste.
- Self-host, tu veux garder le chiffrement : Ente auto-hébergé, en acceptant une installation plus exigeante pour du durable. Si c’est la recherche maximale et la simplicité qui priment, Immich, en sachant que tu troques l’E2EE contre la maîtrise.
Commence par exporter tes photos de Google avant de fermer quoi que ce soit. Tu peux migrer un week-end. Reprendre dix ans de souvenirs verrouillés ailleurs, non.
Sources
Les éditeurs eux-mêmes
- Proton Drive et Proton Photos (proton.me), l’entreprise genevoise passée sous contrôle de la Proton Foundation en juin 2024, pour le chiffrement, la juridiction et les tarifs.
- Ente (ente.io), l’éditeur de la photothèque chiffrée open source, pour l’architecture zero-knowledge et les plans.
- Immich (immich.app), le projet auto-hébergé financé par FUTO, pour les fonctionnalités et le positionnement sur le chiffrement.
Le code et les audits
- Le serveur Ente sur GitHub, ouvert sous AGPL-3.0 depuis mars 2024, avec les rapports d’audit Cure53 (2023 et octobre 2025, ce dernier sponsorisé par le CERN).
- Le code Immich sur GitHub, client et serveur sous AGPL-3.0, pour vérifier la nature du projet et son activité.
- Rapports Securitum sur les apps Proton (web 2021, iOS et Android 2022, publiés en mars 2023).
Le cadre légal
- Le CLOUD Act américain et la loi fédérale suisse révisée sur la protection des données, pour situer les juridictions respectives.