Google Ads et vrai chat Claude partagé vident tes credentials

Des annonces Google sponsorisées renvoient vers de vrais liens claude.ai partagés piégés. Le faux Support Apple te fait coller un base64 dans Terminal. Le payload MacSync vide ton Trousseau.

Tu cherches “Claude mac download” sur Google. Le premier résultat sponsorisé pointe vers claude.ai, donc l’URL est légitime. Sauf que c’est un chat partagé Claude où un faux “Apple Support” te dicte la commande Terminal à coller. Tu colles, et MacSync part avec ton Trousseau, tes cookies et tes credentials browser.

Le fait

Berk Albayrak (Trendyol Group) et BleepingComputer documentent depuis le 10 mai 2026 une campagne de malvertising macOS active qui détourne deux mécanismes légitimes simultanément. D’abord Google Ads : une annonce sponsorisée pour “Claude mac download” pointe vers claude.ai, le domaine officiel d’Anthropic. Ensuite Claude.ai Share : la fonctionnalité de chats partagés sert à héberger un faux guide d’installation signé “Apple Support” qui dicte au lecteur de coller une commande encodée en base64 dans Terminal.

Le contenu de cette commande télécharge un shell script polymorphe depuis l’infrastructure attaquante, vérifie la disposition clavier (sortie immédiate si russe ou CIS), puis exécute le payload de seconde étape via osascript (le moteur AppleScript natif de macOS), pour livraison fileless. Le malware s’appelle MacSync, c’est un infostealer qui collecte les credentials et cookies des navigateurs, exfiltre le Trousseau macOS et fingerprint la victime (IP, hostname, version OS, langue clavier).

Les indicateurs de compromission publiés : payload customroofingcontractors[.]com/curl/ et bernasibutuwqu2[.]com/debug/loader.sh, exfil vers briskinternet[.]com. Les deux URL Claude.ai Share piégées identifiées sont claude[.]ai/share/9aac1046-a39e-4618-8265-f54c4be863f7 et claude[.]ai/share/eb2db455-1d47-4baf-8671-0a689e165902.

Te fais pas de bile, ici les liens sont désactivés. Mais Anthropic n’avait pas désactivé le mécanisme de share au moment de la publication BleepingComputer.

Pourquoi c’est un précédent

Deux choses, vraiment. D’abord, la fonctionnalité “shared chat” d’une plateforme IA grand public devient une surface de distribution malware. Les pages partagées Claude.ai sont publiques, indexables, et fait notable ici, pas modérées comme du contenu utilisateur classique. Elles héritent de la confiance visuelle du domaine Anthropic, et au moment des publis BleepingComputer / GBHackers, les deux URL share piégées étaient toujours en ligne.

Ensuite, le détournement de marque IA vient s’ajouter aux schémas malvertising connus (Homebrew, Loom, Notion, AnyDesk), Claude Code étant un outil dev récent, sa page officielle d’installation n’est pas encore un réflexe musculaire, ce qui laisse une fenêtre exploitable.

C’est aussi un cas d’école sur Google Ads, malgré les contrôles annoncés, des publicités usurpant des marques continuent de passer en exploitant l’URL d’affichage légitime tout en pointant vers une page piégée chez l’éditeur lui-même.

La validation domaine ne suffit pas quand l’éditeur héberge du contenu utilisateur. La responsabilité se répartit alors, Anthropic doit muscler la modération des shared chats (détection chats se présentant comme support officiel d’autres marques, bannière sur chats contenant des commandes shell, watermark visuel distinguant un chat partagé d’une page produit), Google doit aller au-delà du domaine d’affichage dans la validation Ads. Mais la dernière ligne reste toi, ne jamais coller aveuglément une commande shell.

Pourquoi ça compte pour toi

Le pattern social engineering ici est redoutable parce qu’il enchaîne deux signaux de confiance habituellement légitimes. Domaine claude.ai officiel, fonctionnalité Share native d’Anthropic, faux “Apple Support” dans un environnement IA réputé sérieux. Tu n’as pas affaire à un site obscur de download, tu cliques sur ce qui ressemble à de la doc officielle remontée par un moteur de recherche, c’est exactement le genre d’attaque qui passe sous le radar de la vigilance habituelle.

La cible est large. Pas seulement les développeurs (Homebrew, GitHub) mais tout utilisateur Mac curieux d’essayer Claude en application desktop. Le malware ne demande aucune élévation système, pas de 0day, pas de TCC à contourner, l’utilisateur fait tout le boulot lui-même en collant la commande. Et osascript étant un binaire Apple signé natif, il passe inaperçu de la plupart des EDR grand public et même de XProtect.

L’angle qui te concerne directement : c’est le retour offensif du Trousseau macOS comme cible privilégiée. Tu as appris à protéger le mot de passe utilisateur de ton Mac, à activer FileVault, à mettre Touch ID. Mais une commande Terminal lancée par toi-même contourne tout ça, parce que c’est toi-même qui ouvres la porte.

Ce que tu fais maintenant

1. Ne colle JAMAIS une commande Terminal dictée par un site web, un chat IA ou un PDF “support officiel”. Si tu dois installer un outil comme Claude desktop, va directement sur claude.ai/download en tapant l’URL toi-même, jamais via résultat sponsorisé Google. La règle universelle : si quelqu’un te demande de coller quoi que ce soit dans Terminal, c’est non.

2. Active Little Snitch ou LuLu en mode silencieux durci. Les deux loggent et bloquent les sorties réseau inattendues vers les IOC publiés (customroofingcontractors[.]com, bernasibutuwqu2[.]com, briskinternet[.]com). En cas de doute après une commande hâtive, regarde les connexions sortantes des minutes qui suivent.

3. Si tu as exécuté une commande douteuse récemment : déconnecte-toi du Wi-Fi immédiatement, change tous tes mots de passe browser (depuis un autre device propre), révoque tous tes tokens de sessions cloud actives (mail, sync, password manager), scanne avec KnockKnock ou ReiKey d’Objective-See, vérifie les launch agents dans ~/Library/LaunchAgents/.

4. Surveille ton Trousseau. security dump-keychain | grep -i password te dit ce qui est dedans. Pour la suite, migre tes mots de passe sensibles vers Apple Passwords ou Proton Pass, pas dans le Trousseau iCloud généraliste par défaut.

Sources

Voir aussi