Monte ton SIEM PME souverain, conformité RGPD/NIS2 sans CLOUD Act
RGPD t'oblige déjà à détecter une violation en 72 h. NIS2 vient d'élargir le filet × 30. Monter ton SIEM aujourd'hui, c'est la sécu maintenant et la conformité amortie avant qu'elle te tombe dessus.
Tu n’as pas de SIEM. Tu te dis que ce n’est pas pour toi, que ta PME est trop petite ou hors secteur régulé, donc sous le radar des grandes obligations cyber. Tu te trompes sur deux temps.
Maintenant, RGPD. Depuis 2018, toute entreprise qui traite des données personnelles doit notifier la CNIL d’une violation sous 72 heures. C’est l’article 33. Pas une recommandation, une obligation. Notifier en 72 heures, ça veut dire que tu sais qu’il s’est produit quelque chose, que tu peux le caractériser, que tu disposes des journaux pour remonter la chaîne. Sans un système qui centralise tes logs et lève des alertes, cette obligation est inapplicable. Tu es en infraction la première fois qu’un ransomware passe.
Demain, l’élargissement. NIS2 vient de multiplier par trente le nombre d’entités françaises soumises à des obligations cyber renforcées, de 500 à environ 15 000. DORA est applicable depuis janvier 2025 pour le secteur financier élargi, sous-traitants compris. Le Cyber Resilience Act s’applique pleinement à partir de décembre 2027 à tout produit avec composant numérique vendu en UE. NIS3 n’est pas votée, le calendrier indicatif vise la fin 2027. Mais la trajectoire est lisible, tous les deux à trois ans le filet s’élargit. Parier que ta PME restera hors champ en 2028 ou 2029, c’est parier contre Bruxelles et contre la jurisprudence RGPD qui n’a cessé de durcir.
Le mot qui revient dans tous ces textes, c’est SIEM, pour Security Information and Event Management, gestion centralisée des événements de sécurité. Ils ne le nomment jamais, mais ils te le rendent impossible à éviter. Détecter un incident, conserver des journaux exploitables, notifier le régulateur dans des délais courts, ce sont les fonctions d’un SIEM.
Et c’est quoi, concrètement, un SIEM ? Imagine la vidéosurveillance de ton magasin, mais pour ton informatique. Chaque serveur, chaque pare-feu, chaque poste de travail, chaque boîte mail produit en permanence un journal de ce qui s’y passe. Qui s’est connecté, à quelle heure, depuis où, quel fichier a été ouvert, quel processus a démarré.
Un SIEM, c’est le système qui ramène tous ces journaux au même endroit, les conserve plusieurs mois, et lève une alerte quand il détecte un comportement suspect.
Un compte qui se connecte à 3 heures du matin depuis le Pakistan, dix mille fichiers chiffrés en deux minutes, une rafale d’échecs de mot de passe sur le compte du dirigeant, ce sont des signaux qu’un humain ne verra jamais à l’œil nu sur un parc de cinquante machines.
Le SIEM les voit, les recoupe, et te prévient. Derrière ce sigle de consultant se cache un assemblage très concret, qu’on démonte plus loin dans cet article.
Le problème, c’est ce qu’on te vend aujourd’hui sous ce nom. Splunk, Microsoft Sentinel, CrowdStrike. Sur le ticket d’entrée d’une PME modeste, les tarifs paraissent accessibles, mais la facture grimpe avec chaque gigaoctet et chaque poste, on fait les comptes complets en fin de série. Et le prix n’est même pas le pire. Ces produits stockent tes journaux d’incident dans une juridiction qui n’est pas la tienne, sous CLOUD Act. La vraie question, c’est qui détient tes données les plus sensibles.
Il existe un troisième chemin. Le souverain. C’est celui de cette série d’articles.
NIS2 en cinq minutes, et pourquoi ça te concerne même hors périmètre
NIS2, c’est la directive européenne sur la sécurité des réseaux et des systèmes d’information, qui remplace NIS1. NIS1 concernait environ 500 entités françaises. NIS2 en concerne autour de 15 000, réparties sur dix-huit secteurs. La santé, l’énergie, les transports, le numérique, les services financiers, l’agroalimentaire, les déchets, la fabrication. Si ton entreprise dépasse 50 salariés ou 10 millions d’euros de chiffre d’affaires dans l’un de ces secteurs, tu es directement concerné. Probablement comme « entité importante », parfois comme « entité essentielle » selon ta taille et ta criticité.
Si tu es plus petit ou hors secteur listé, tu n’es pas pour autant tranquille. Deux mécanismes te rattrapent. D’abord la chaîne d’approvisionnement, l’article 21 oblige les entités NIS2 à évaluer la cyber-résilience de leurs sous-traitants. Si tu vends du service ou du logiciel à une PME de 60 personnes dans la santé ou la finance, elle va te demander tes preuves. Pas de SIEM, pas de contrat. Ensuite la trajectoire réglementaire elle-même, NIS3 est en préparation à la Commission, le périmètre s’élargit toujours d’une révision à l’autre.
Le cœur du dispositif, c’est l’article 21. Dix catégories de mesures minimales, analyse des risques, gestion des incidents, journalisation, continuité, formation, chiffrement, contrôle d’accès, sécurité de la chaîne d’approvisionnement. Et l’obligation de notification, en trois temps, alerte précoce sous 24 heures, notification structurée sous 72 heures, rapport final sous 30 jours.
Le triptyque vaut pour NIS2 comme pour RGPD, sans socle de détection et de journalisation, l’obligation est inapplicable.
L’article 20 ajoute le détail qui change tout pour le dirigeant. La responsabilité pèse sur la personne physique qui dirige. Pas sur le DSI, ni sur le prestataire. Sur toi.
Côté sanctions, c’est calibré pour faire mal. Entité essentielle, jusqu’à 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires mondial, le plus élevé des deux. Entité importante, jusqu’à 7 millions d’euros ou 1,4 % du CA mondial. Pour une PME à 30 millions de CA, on parle d’une sanction maximale de plusieurs centaines de milliers d’euros.
La loi du 30 avril 2025 transpose NIS2 en droit français. Les décrets d’application et le périmètre exact des entités concernées se précisent au fil de 2026. Tant que c’est flou tu te dis que tu as le temps, mais la directive s’applique déjà, la jurisprudence va se construire sur les premiers contentieux. La question est quand, pas si.
On a déjà vu dans un article précédent comment NIS2 contredit CSAR sur le chiffrement. Ici, on regarde l’autre obligation, celle qui devient concrète pour ton infrastructure, détecter, journaliser, notifier.
Tu as trois options, et deux d’entre elles sont mauvaises
Option 1, le SaaS américain
Splunk, Microsoft Sentinel, CrowdStrike, Datadog, Elastic Cloud. Ils marchent. Ils sont matures. Et sur le prix d’entrée d’une PME modeste, ils ne sont pas hors de portée. Le piège est ailleurs.
Microsoft Sentinel facture autour de 4,30 dollars du gigaoctet ingéré en région East US, dans le modèle de facturation simplifié qui combine ingestion Log Analytics et analyse Sentinel. CrowdStrike Falcon facture par endpoint, entre 60 et 185 dollars par poste et par an selon le niveau, Go, Pro, Enterprise ou Complete. Splunk est plus opaque, l’éditeur ne publie pas ses tarifs, mais les sources secondaires sérieuses convergent autour de 8 000 à 12 500 dollars par an pour un ticket d’entrée de 5 gigaoctets de logs par jour, licence seule, en Cloud ou en Enterprise auto-hébergé.
Prenons une PME de 50 employés qui génère cinq gigaoctets de logs par jour. Sur Microsoft Sentinel, environ 7 800 dollars par an. Sur CrowdStrike Falcon Pro pour 50 endpoints, environ 5 000 dollars par an. Sur Splunk Cloud à l’entrée, environ 8 000 dollars par an. Soyons honnêtes, 13 000 dollars par an pour Sentinel et CrowdStrike combinés, sur une PME à 10 millions de CA, c’est 0,13 % du chiffre d’affaires. Le coût d’entrée n’est pas l’obstacle.
L’obstacle, c’est ce que tu signes en même temps. Tes logs partent aux États-Unis, ou chez une filiale européenne d’une société américaine. Le CLOUD Act, voté en 2018, permet aux autorités américaines de réquisitionner ces données auprès du fournisseur, même stockées physiquement en Europe. Microsoft Irlande, Splunk Cloud, CrowdStrike, tous y sont soumis via leur société mère.
Et tes logs d’incident, ce ne sont pas n’importe quelles données. Ce sont les empreintes complètes de ton réseau, les noms d’utilisateurs, les flux applicatifs, les comportements internes, les vulnérabilités exposées au moment de l’attaque. Le matériau le plus sensible que produit ton SI. Le confier à un fournisseur réquisitionnable par une juridiction étrangère, c’est un risque opérationnel réel.
Le Data Privacy Framework, le pont juridique UE-US, a survécu en première instance devant le Tribunal de l’UE en septembre 2025. Il est en appel devant la CJUE depuis le 31 octobre 2025. La CNIL, dans sa décision de février 2025 sur l’hébergement de santé, est nette, le seul marqueur reconnu pour matérialiser un cloud souverain reste la qualification SecNumCloud. Aucun des trois SaaS cités ne l’a.
Un dernier point. Le coût d’entrée raisonnable, c’est aujourd’hui. La mécanique de facturation s’aggrave avec ta croissance. Chaque gigaoctet ingéré en plus est facturé, chaque endpoint additionnel aussi. À 50 gigaoctets de logs par jour, le ticket Sentinel passe au-dessus de 78 000 dollars par an, Splunk grimpe en proportion selon le mode de licence. Tu signes un prix d’entrée modeste, tu signes en même temps un verrou tarifaire qui se referme au fur et à mesure que ton SIEM voit plus large et plus profond.
Conclusion, tu paies un prix raisonnable pour la plomberie aujourd’hui, en livrant la donnée la plus stratégique de ton SI dans une juridiction qui n’est pas la tienne, dans un cadre légal défavorable, avec un compteur qui tourne contre toi à chaque extension de périmètre.
Option 2, ne rien faire
C’est tentant. C’est la stratégie la plus répandue chez les PME, qu’elles soient ou non dans le périmètre NIS2. Attendre. Voir. Espérer.
Le calcul est mauvais sur trois plans. RGPD aujourd’hui, la CNIL a déjà sanctionné des PME pour défaut de notification, l’absence de moyen de détection est aggravante. NIS2 demain si tu y entres par chaîne d’approvisionnement ou par révision, la sanction maximale pour une entité essentielle dépasse celle du RGPD, la responsabilité personnelle du dirigeant existe noir sur blanc. Ransomware n’importe quand, chiffrement de la production, rançon, perte d’exploitation, c’est un autre ordre de grandeur que la mise en conformité.
Ne rien faire, ce n’est pas économiser. C’est repousser, en risquant d’aggraver la facture finale.
Option 3, le souverain auto-hébergé
Tu construis ton SIEM avec des briques open source matures, déployées sur une infrastructure que tu contrôles. Quatre briques, quatre rôles complémentaires.
- Wazuh, c’est le cerveau du dispositif, la plateforme centrale qui ramène tous les journaux au même endroit, les stocke, les analyse et lève les alertes. C’est ton « Splunk maison ».
- CrowdSec, c’est le videur à l’entrée. Une défense réseau communautaire qui bloque automatiquement les adresses IP déjà repérées comme attaquantes par les autres utilisateurs du réseau. Quand un bot scanne mille sites avant le tien, il est blacklisté avant d’arriver chez toi.
- Rspamd, c’est le filtre devant ton serveur mail. Il intercepte spams et tentatives d’hameçonnage avant qu’ils n’atteignent les boîtes de tes salariés. Le mail reste le vecteur n°1 des intrusions PME, c’est là que la prévention paie le plus.
- Santa, c’est le contrôleur d’exécution sur tes Mac. Il décide quelles applications ont le droit de démarrer sur chaque poste, selon une liste blanche que tu construis. Un ransomware téléchargé par erreur ne peut pas s’exécuter, parce qu’il n’est pas signé par un éditeur que tu as approuvé. C’est la brique qui transforme un Mac d’usage courant en poste durci, sans que l’utilisateur n’ait à changer ses habitudes.
Aucune de ces briques n’est expérimentale. Wazuh est utilisé par des entreprises du Fortune 100. CrowdSec, société française fondée en 2019, agrège 10 millions de signaux par jour, partagés par plus de 70 000 utilisateurs dans 190 pays. Rspamd équipe Mailcow, Zimbra, Mailu, qui font référence. Santa, développé à l’origine chez Google et maintenu désormais par North Pole Security, tourne en production chez Figma.
Le coût, c’est un VPS correctement dimensionné, le temps d’installation, et une compétence interne que tu construis. Pas zéro, mais sans commune mesure avec les chiffres précédents.
Ce qu’est vraiment un SIEM, pour quelqu’un qui ne fait pas de blue team
Le mot fait peur. Il sent les écrans noirs, les équipes 24/7 et les analystes qui parlent un dialecte que ton DSI ne comprend pas. Une fois démythifié, c’est plus simple.
Un SIEM, c’est de la plomberie. Pas un produit, un assemblage. Quatre fonctions qui s’enchaînent :
- Collecter les journaux de tes équipements, serveurs, pare-feu, postes de travail, applications, boîtes mail. Tout ce qui produit un log, tu le ramènes au même endroit.
- Centraliser et conserver ces journaux dans un format exploitable, avec une rétention qui te permet d’enquêter sur un incident remontant à plusieurs mois.
- Détecter les comportements anormaux. Un compte qui se connecte à 3 heures du matin depuis un pays inhabituel, une rafale d’échecs d’authentification, un processus qui modifie 10 000 fichiers en une minute.
- Alerter et garder la trace, pour ta notification ANSSI sous 24 heures, et pour ton rapport final sous 30 jours.
C’est tout. Aucune magie. Un système qui voit, qui se souvient, et qui crie quand quelque chose cloche.
Le travail dur n’est pas la technologie, c’est l’ajustement. Quelles règles tu actives, quels seuils tu calibres, à qui tu envoies l’alerte, comment tu réponds. C’est la même chose sur Splunk ou sur Wazuh. Et c’est cette compétence interne que tu vas construire dans cette série.
En résumé
Monter ton SIEM en 2026 te paie sur deux horizons.
Court terme, c’est de la sécu opérationnelle. Un ransomware détecté en heures au lieu de semaines, une exfiltration interceptée avant la rançon, une violation RGPD que tu peux caractériser et notifier dans les délais. Ce ROI-là ne dépend d’aucun texte qui n’est pas encore voté, il est immédiat.
Moyen terme, c’est de la conformité amortie. Tu construis l’infrastructure et la compétence interne avant que l’obligation te tombe sur ta tête. Tes concurrents la monteront sous contrainte, dans l’urgence, à trois fois le prix d’un consultant en mission flash. Tu auras pris cinq ans d’avance sur eux pour le prix de quelques week-ends étalés sur un trimestre.
Le SaaS US fait le boulot et n’est pas hors de prix sur le ticket d’entrée. Il livre juste tes données les plus stratégiques dans une juridiction défavorable, et te verrouille dans un modèle où chaque gigaoctet de plus est facturé. L’auto-hébergé demande un investissement initial en temps. Au bout, tu es maître de la donnée, du coût marginal et du calendrier de mise en conformité. La souveraineté réelle contre un peu de ton temps, que l’on va veiller à optimiser lors de nos articles.
Sept épisodes pour monter ta plomberie
C’est la stack que j’utilise en production. Pas un fantasme de blogueur, une infrastructure qui tourne au quotidien, qui détecte, qui journalise, qui notifie. Sept épisodes, sept briques :
- Épisode 1, le socle. Un VPS durci, sur un hébergeur européen hors emprise américaine. Choix de l’opérateur, configuration de base, surface d’attaque minimale, sauvegardes chiffrées hors-site.
- Épisode 2, Wazuh en mode tout-en-un. Installation du manager, de l’indexeur, du dashboard sur un seul nœud. Durcissement, premiers tableaux de bord. L’équivalent fonctionnel d’un Splunk pour le prix d’un VPS.
- Épisode 3, les agents partout. Déploiement des agents Wazuh sur tes serveurs, Mac et Windows. Collecte des logs système, des événements de sécurité, des activités fichiers. Le moment où ton SIEM commence à voir.
- Épisode 4, CrowdSec en première ligne. La défense réseau communautaire qui bloque les attaquants connus avant qu’ils n’atteignent tes services. Intégration Wazuh, partage des signaux.
- Épisode 5, Rspamd pour le mail. Le filtre anti-spam et anti-phishing qui se branche devant ton serveur mail, ou s’intègre à ta solution existante. Détection d’hameçonnage, journalisation dans Wazuh.
- Épisode 6, Santa sur les Mac. Contrôle d’exécution sur les postes Apple. Fork North Pole Security, le projet activement maintenu depuis que Google a passé la main en 2024. Lockdown progressif, intégration Wazuh.
- Épisode 7, alerting et coût total. Notifications calibrées, escalade, bilan financier honnête, comparaison épisode par épisode avec ce qu’aurait coûté l’équivalent SaaS.
Les liens s’allument au fil des publications, reviens te brancher sur les nouveaux épisodes dès qu’ils sortent.
Chaque épisode est autonome. Tu peux t’arrêter au 3 et avoir déjà couvert l’essentiel de NIS2. Tu peux pousser jusqu’au 7 et avoir une stack qui n’a rien à envier à celles des grandes entreprises.