Alerting et coût total, le bilan de ton SIEM souverain
Brancher l'alerting Wazuh sans crouler sous le bruit, puis le bilan honnête de ta stack souveraine face à une facture SaaS six à trente fois plus lourde.
Six épisodes. Un VPS durci, Wazuh qui centralise, des agents sur tout le parc, CrowdSec au réseau, Rspamd au mail, Santa sur les Mac. Ta stack est debout, elle collecte, elle détecte, elle journalise.
Et elle est muette.
Un binaire refusé sur un poste, une rafale d’échecs d’authentification, un compte qui se réveille à 3 heures du matin, tout ça atterrit sagement dans un tableau de bord que personne ne regarde à 3 heures du matin. Une détection que personne ne voit passer n’est pas une détection, c’est un log de plus.
Aujourd’hui, dernier épisode de la série, on branche l’alerting. La brique qui transforme un SIEM qui sait en un SIEM qui prévient. Et ensuite on fait ce qu’on a promis dès le premier article, les comptes. Combien te coûte vraiment cette stack, face à la facture qu’on t’aurait présentée en SaaS. La réponse est plus tranchée que tu ne le crois.
L’alerting, être prévenu sans être harcelé
Wazuh sait déjà envoyer des notifications. Un démon dédié, wazuh-integratord, démarre avec le manager, lit le flux d’alertes en continu, et pousse chaque alerte qui dépasse un seuil vers la cible que tu lui as désignée. La mécanique est là. Tout le travail est dans le réglage.
Premier réflexe souverain, regarde qui reçoit tes alertes. Wazuh propose des intégrations natives clés en main, et le piège est là, presque toutes sont des services américains, Slack, PagerDuty, VirusTotal. Brancher ton SIEM souverain sur Slack, c’est monter une stack entière pour rester maître de tes logs, puis expédier toutes tes alertes de sécurité chez un tiers américain. La dépendance qui rentre par la petite porte.
Deux canaux restent cohérents avec ce qu’on a construit. L’email, servi par le serveur mail que tu administres déjà depuis l’épisode Rspamd, qui est le mécanisme de notification historique de Wazuh. Et le chat auto-hébergé, un Mattermost ou un Matrix posé sur ton infrastructure. Mattermost accepte les webhooks au format Slack, donc l’intégration native slack fonctionne le plus souvent telle quelle, son hook_url pointé vers ton serveur à toi. À retester sur ta version, les formats bougent d’une release à l’autre.
La configuration vit dans ossec.conf, sur le manager. L’email natif est géré directement par le manager, les canaux chat passent par l’Integrator via un bloc <integration>. Côté email d’abord.
<global>
<email_notification>yes</email_notification>
<smtp_server>localhost</smtp_server>
<email_from>[email protected]</email_from>
<email_to>[email protected]</email_to>
</global>
<alerts>
<email_alert_level>7</email_alert_level>
</alerts>
Côté chat, un bloc <integration> par canal.
<integration>
<name>slack</name>
<hook_url>https://mattermost.ton-domaine.tld/hooks/xxxxxxxx</hook_url>
<level>10</level>
<alert_format>json</alert_format>
</integration>
Le champ qui commande tout, c’est <level>. Wazuh note chaque alerte sur une échelle de 0 à 16, et le seuil transmet cette valeur ou toute valeur supérieure. Un canal à <level>10</level> ne verra jamais un niveau 6. Tu peux affiner avec <rule_id> ou <group>, mais retiens un piège classique, quand tu combines plusieurs de ces filtres, ils se cumulent en ET, pas en OU. L’alerte doit satisfaire tous les critères pour passer, et beaucoup de monde s’est demandé pourquoi son intégration restait silencieuse pour cette seule raison.
Reste la vraie question, quel niveau pour quel canal. Voici les repères que je te propose, une recommandation d’usage et non un barème gravé par Wazuh, à ajuster à ton parc :
- 0 à 3, du bruit informatif. Tu journalises, tu ne notifies rien.
- 4 à 6, faible. Ça vit dans le tableau de bord, pas dans ta poche.
- 7 à 9, moyen. Email groupé, l’équipe le lit dans la journée.
- 10 à 12, élevé. Échecs d’authentification en série, atteinte à l’intégrité d’un fichier, un binaire refusé par Santa. Chat en temps réel plus email.
- 13 à 16, critique. Compromission probable, agent désactivé. Astreinte, on réveille quelqu’un.
Un bloc <integration> par canal, chacun son seuil. L’email digest à 7 pour tout le monde, le chat à 10 pour l’équipe technique, un script custom vers du SMS ou du ntfy à 12 pour le responsable. Le patron ne veut pas être tiré du lit pour un niveau 8, et le jour où tu le réveilles pour rien, il coupe les notifications. C’est comme ça qu’on meurt.
Parce que le vrai risque de l’alerting, ce n’est pas d’en rater. C’est d’en avoir trop. Une attaque en force brute non dédupliquée, ce sont des centaines d’alertes en quelques minutes, et une équipe qui apprend à les ignorer. La déduplication se règle en amont, dans la fréquence et la fenêtre temporelle de tes règles, jamais au moment de la notification. Un SIEM qui crie tout le temps, c’est un SIEM qu’on n’écoute plus. La fatigue d’alerte est pire que l’absence d’alerte, parce qu’elle te donne l’illusion d’être couvert.
Ce que la stack t’a vraiment coûté
Le moment des comptes, coût affiché et coût caché, parce que te vendre du gratuit serait te mentir.
Le poste visible, c’est le VPS. Wazuh en mononœud, manager, indexeur et tableau de bord sur une seule machine, tourne confortablement pour une PME de 25 à 50 postes sur 8 vCPU, 16 Go de RAM et 100 Go de disque pour trois mois de rétention. Chez un hébergeur européen hors emprise américaine, ça se loue entre 300 et 1 700 euros par an selon que tu vises le bas de gamme allemand ou le souverain français haut de gamme. Une seule ligne de facture, pour toute la stack.
Le poste des licences, ensuite. Wazuh, les agents, CrowdSec, Rspamd, Santa, l’alerting. Zéro. Pas un centime, pas un palier entreprise, pas un quota de postes. Open source de bout en bout.
Et puis le poste qu’aucun tableau de prix ne t’affiche, le temps. L’installation de la stack, plusieurs jours cumulés pour qui découvre, moins pour un sysadmin aguerri. Puis la maintenance, les mises à jour, la surveillance du disque, et surtout le tuning des règles qui bouffe l’essentiel des premières semaines. Je ne te donnerai pas un chiffre d’heures par mois, il serait inventé, et aucun de ceux que tu liras ailleurs ne repose sur autre chose que du doigt mouillé. Compte en jours-homme, pose ton taux, fais ton addition.
Voilà la nuance qui tient tout l’épisode. Souverain n’est pas gratuit, souverain déplace la dépense de la licence vers la compétence interne. Tu ne paies plus une rente à un éditeur, tu paies un investissement qui reste dans ta maison. Le VPS se compte en centaines d’euros, le temps est le poste dominant, et les deux ensemble restent très loin sous ce que t’aurait coûté l’équivalent loué.
Épisode par épisode, la même stack en SaaS
Reprenons la stack brique par brique, et mettons en face ce que le marché facture pour la même fonction. Hypothèses affichées, parce que sans elles un chiffre ne veut rien dire, une PME d’une quarantaine de postes dont une vingtaine de Macs, environ cinq gigaoctets de logs par jour.
Wazuh remplace un Microsoft Sentinel ou un Splunk ES. Compte 7 800 dollars par an pour cinq gigaoctets de logs quotidiens côté Sentinel, de 8 000 à 12 500 dollars côté Splunk. CrowdSec tient le rôle d’une offre de threat intelligence managée, qui démarre à 1 900 dollars par mois en Platinum, soit près de 23 000 dollars l’année. Rspamd fait le travail d’un Proofpoint ou d’un Mimecast, 1 200 à 8 640 dollars pour quarante boîtes. Santa se substitue à un Jamf Protect, autour de 1 440 dollars pour vingt Macs. En face de chaque ligne, le même chiffre, zéro de licence.
Additionne cette colonne de droite. Selon les options retenues et sans même compter l’EDR managé ni le filtrage réseau haut de gamme, l’équivalent SaaS complet d’une PME de cette taille se situe entre 12 000 et 40 000 dollars par an. En face, ta stack souveraine, entre 300 et 1 700 euros de cash, plus ton temps. Même en comparant le pire de la stack souveraine au meilleur prix SaaS, le rapport est de l’ordre de six à trente fois. Et l’écart n’est pas figé, il se creuse. La licence SaaS, tu la repaies chaque année à vie, à chaque poste ajouté, à chaque gigaoctet ingéré en plus. Le VPS, lui, reste stable, et le temps d’installation s’amortit une fois pour toutes.
Deux précisions d’honnêteté. D’abord, les tarifs que je te donnais dans le premier article tiennent tous, Sentinel autour de 4,30 dollars du gigaoctet, CrowdStrike de 60 à 185 dollars par poste, Splunk de 8 000 à 12 500 dollars. Rien n’a baissé. Ces éditeurs ne publient d’ailleurs pas de grille publique, ils masquent leurs prix et te poussent vers des engagements de volume, ce qui pénalise la PME qui n’ingère que quelques gigaoctets par jour. Ensuite, le zéro de la colonne souveraine est un zéro de licence, pas un zéro tout court. Le coût existe, mutualisé sur une ligne de VPS et étalé sur ton temps. Mais l’addition d’en face, elle, se compte par brique, par poste, et par an.
Les pièges, pour ne pas te raconter d’histoires
Une stack souveraine bien montée peut mal vieillir. Quatre points de vigilance, à regarder en face.
- La rétention gonfle le VPS en silence. Trois mois par défaut, mais le jour où tu veux six mois ou un an de recul pour une enquête, le disque double ou triple, et tu passes à un plan supérieur. Le coût souverain n’est pas gelé, il croît avec ta rétention et ton nombre d’agents. Anticipe-le au dimensionnement.
- Le mononœud est un point de défaillance unique. Toute la stack sur un seul VPS, c’est aussi une seule cible. Tes sauvegardes chiffrées hors-site, posées dès le socle, ne sont pas une option. Le multi-nœud existe, mais il sort du périmètre d’une PME.
- Les hébergeurs augmentent, eux aussi. Souverain ne veut pas dire prix bloqué à vie, certains ont relevé leurs tarifs en 2026. La différence tient en un mot, changer d’hébergeur, c’est une migration de VPS de quelques jours. Ce n’est pas un contrat de licence qui te tient à la gorge.
- Le tuning est chronophage au démarrage. Les premières semaines croulent sous les faux positifs, et c’est là que se joue la qualité de tout le reste. Bâcle cette phase, et tu retombes dans la fatigue d’alerte.
Aucun de ces pièges n’est rédhibitoire. Ce sont des paramètres que tu contrôles, précisément parce que la stack est chez toi.
Conformité, la brique qui rend le délai tenable
On a ouvert la série sur une obligation, RGPD et NIS2 t’imposent de notifier vite. Soixante-douze heures pour caractériser une violation côté RGPD, un triptyque de 24 heures, 72 heures et 30 jours côté NIS2.
L’alerting est la brique qui rend ce délai tenable. Collecter et détecter, c’est produire la preuve. Alerter, c’est qu’un humain la voie à temps pour agir. Sans notification calibrée, le triptyque reste un vœu, la stack sait qu’il s’est passé quelque chose et personne ne le sait à temps. Avec elle, l’horloge des 72 heures démarre à la détection, pas le lundi matin quand quelqu’un rouvre le tableau de bord. C’est la différence entre une conformité sur le papier et une conformité qui tient devant le régulateur.
En résumé, tu ne dépends de personne
Recule d’un pas et regarde ce que tu as monté. Sept épisodes, un VPS, des briques open source, et un dispositif qui voit, bloque, filtre, contrôle et, depuis aujourd’hui, prévient au bon niveau sans te harceler. Ce que les grandes entreprises paient une fortune, tu l’as bâti pour le prix d’un VPS et de quelques week-ends.
Mais le vrai gain n’est pas sur la facture. Il tient dans une phrase, tu ne dépends de personne. Trois indépendances.
Juridique. Tes logs de sécurité, le matériau le plus sensible de ton SI, vivent sur ton VPS européen, hors de portée du CLOUD Act. En juin 2025, devant une commission d’enquête du Sénat français, Anton Carniaux, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France, interrogé sous serment sur sa capacité à garantir que les données d’un citoyen français ne partiraient jamais vers les autorités américaines, a répondu, « Non, je ne peux pas le garantir ». Chez un fournisseur soumis au droit américain, c’est ce niveau de garantie que tu acceptes. Aucun.
Économique. Pas de rente de licence, pas de choc de prix décidé sans toi. Rappelle-toi les clients de VMware après le rachat par Broadcom, licences perpétuelles supprimées, abonnement forcé. AT&T est allé jusqu’à poursuivre Broadcom en justice en dénonçant une hausse de plus de 1 000 pour cent sur son renouvellement. Payer ou migrer dans la douleur, sans voix au chapitre. Personne ne peut faire ça à ta stack.
Opérationnelle. Personne ne coupe ton accès, ne déprécie une fonction dont tu dépends, ne t’impose un calendrier de migration. Tu possèdes ta stack, tes logs, ta détection.
Le prix de ces trois libertés, c’est un VPS et de la compétence qui reste chez toi. Compare-le une dernière fois à une facture SaaS qui revient chaque année sans t’acheter aucune d’elles.
C’est là que finit la série. Pas sur un produit, sur une position. La souveraineté n’est pas un slogan, c’est une addition que tu viens de faire, et elle penche d’un seul côté.
La suite, parce que tu l’as demandée. Un lecteur nous a écrit après cette série pour réclamer un vrai plongeon dans Wazuh, plus loin que le tout-en-un de l’épisode 2. Message reçu. Un tutoriel Wazuh approfondi arrive bientôt, règles maison, décodeurs, tableaux de bord aux petits oignons. Tu as une demande, une coquille repérée, une brique que tu voudrais voir décortiquée ? Écris-nous.
Rappel de la série
Sept épisodes pour monter ta plomberie de sécurité souveraine, brique par brique.
- Épisode 0, le fondement de la série. Pourquoi une PME a besoin d’un SIEM souverain, NIS2, RGPD, et le coût du statu quo.
- Épisode 1, le socle. Le VPS durci hors CLOUD Act.
- Épisode 2, Wazuh en tout-en-un. Manager, indexeur et tableau de bord sur un seul nœud.
- Épisode 3, les agents partout. Déploiement sur tes serveurs, Mac et Windows.
- Épisode 4, la défense réseau communautaire. Bloquer les attaquants connus avant qu’ils n’arrivent.
- Épisode 5, le filtre mail. Anti-spam et anti-hameçonnage devant ton serveur de messagerie.
- Épisode 6, le contrôle d’exécution sur les Mac. Décider quelles applications ont le droit de démarrer.
- Épisode 7, alerting et coût total. Notifications calibrées et bilan financier face au SaaS. Tu viens de le lire.
Des termes techniques ? Consulte le glossaire.