Proton Meet : Visio chiffrée E2EE, pour Privacy Max

Proton Meet chiffre tes appels de bout en bout via MLS. Même Proton ne peut pas espionner tes réunions. Ce que ça change vraiment vs Zoom, Teams et Google Meet.

Proton Meet : Visio chiffrée E2EE, pour Privacy Max

Introduction

Tu organises une réunion Zoom avec ton comptable pour parler de chiffres. Ou un appel Teams avec un client pour finaliser un contrat. Tu fais confiance à l’icône de cadenas dans le navigateur.

Problème : ce cadenas protège le transport des données, pas le contenu. Zoom, Teams et Google Meet déchiffrent ton appel sur leurs serveurs par défaut pour pouvoir traiter la vidéo, la qualité audio, les sous-titres automatiques. Ça s’appelle du chiffrement en transit, pas du chiffrement de bout en bout. La nuance est massive. Les trois proposent un mode E2EE optionnel, mais il désactive la plupart des fonctionnalités intelligentes et reste invisible à 99% des usages.

Proton a lancé Proton Meet le 31 mars 2026. La promesse tient en une phrase : même Proton ne peut pas accéder à tes appels, ton partage d’écran ou ton chat. Les clés de déchiffrement ne quittent jamais les appareils des participants, point. On va voir ce que ça signifie concrètement, pour qui ça vaut vraiment le coup, et où sont les limites réelles.

Page d'accueil Proton Meet — "Video calls that keep your conversations private" avec la mention du chiffrement de bout en bout

Ce que Zoom et Teams font de tes réunions

Commençons par poser le contexte. Quand tu utilises Zoom, Google Meet ou Microsoft Teams, tes données audio et vidéo transitent chiffrées entre ton appareil et leurs serveurs. Jusque-là, rien de choquant. Mais sur leurs serveurs, ces données sont déchiffrées pour être traitées.

Pourquoi ? Parce que toutes les fonctionnalités “intelligentes” que tu utilises quotidiennement l’exigent. Les sous-titres automatiques, la suppression de bruit, les flous d’arrière-plan, l’optimisation adaptative de la qualité vidéo : tout ça nécessite d’accéder au contenu brut de ton appel. Ce modèle s’appelle le chiffrement en transit, et il est parfaitement légal, largement documenté dans les conditions d’utilisation que personne ne lit.

Ce que ça implique concrètement :

  • Zoom peut être contraint par injonction judiciaire américaine (CLOUD Act) de livrer le contenu de tes appels (sauf si tu as activé son mode E2EE optionnel, ce qui n’est jamais le défaut)
  • Google peut nourrir le profil personnel associé à ton compte avec les métadonnées de tes appels Meet (qui, quand, durée) si tu utilises un compte Google grand public. En Workspace, contractuellement Google ne s’en sert pas pour la pub. Mais il les garde quand même (audit, “service improvement”, CLOUD Act). Pas zero-knowledge pour autant.
  • Microsoft Teams stocke les métadonnées de tes réunions (qui, quand, combien de temps, avec qui) dans ses systèmes

Zoom ne lit probablement pas tes appels d’affaires de façon systématique. Mais techniquement et légalement, il le peut. C’est cette possibilité qui pose problème, pas l’intention déclarée.

À lire : Qu’est-ce que la souveraineté digitale en pratique


Comment Proton Meet fonctionne différemment

Le chiffrement de bout en bout — E2EE — change radicalement le modèle. Tes données ne sont jamais accessibles en clair sur les serveurs de Proton, parce que les clés de déchiffrement ne quittent jamais tes appareils et ceux de tes interlocuteurs.

Proton Meet utilise le protocole MLS — Messaging Layer Security — développé par l’IETF, le même organisme qui standardise les protocoles fondamentaux d’internet. MLS est conçu spécifiquement pour les groupes : il gère efficacement les entrées et sorties de participants en cours d’appel sans avoir à re-chiffrer l’intégralité de la session à chaque fois, un problème technique que les implémentations naïves de E2EE rencontraient.

Ce que ça couvre en pratique :

  • L’audio et la vidéo, évidemment
  • Le partage d’écran, intégralement
  • Le chat en temps réel pendant l’appel

Ce que “même Proton ne peut pas voir” signifie techniquement : les serveurs de Proton voient passer des paquets chiffrés qu’ils ne peuvent pas déchiffrer. Ils savent qu’une réunion a lieu (ils en gèrent la signalisation), mais pas ce qui s’y dit, se montre ou s’écrit.

Le code de Proton Meet est open source. Proton fait régulièrement auditer ses produits par des cabinets indépendants (Mail, VPN, Drive, Pass) ; un audit dédié à Meet est attendu suite au lancement. L’open source permet à n’importe quel chercheur en sécurité de vérifier que les affirmations correspondent à l’implémentation réelle.

La section MLS de Proton Meet : chiffrement Messaging Layer Security expliqué sur le site officiel

Les plans et ce qu’ils couvrent

Version gratuite :

  • Jusqu’à 50 participants
  • Durée maximum : 1 heure par appel
  • Compte Proton requis pour créer la réunion ; aucun compte requis pour les participants invités (un lien dans le navigateur suffit)
  • Création instantanée de lien de réunion, partage en un clic
  • Partage d’écran et chat inclus

Pour un indépendant qui veut faire une réunion client sans friction, c’est utilisable immédiatement. Tu crées le lien, tu l’envoies, ton client clique, l’appel démarre dans son navigateur. Aucune installation, aucun compte Proton requis pour les participants.

Meet Professional (à partir de $7,99 USD/utilisateur/mois, inclus dans les plans Workspace) :

  • Jusqu’à 250 participants
  • Durée : jusqu’à 24 heures par appel
  • Fonctionnalités de modération avancées
  • Intégration Proton Calendar

Proton Workspace (Standard et Premium), pour les équipes :

Proton Workspace positionne Meet comme composant d’une suite complète qui inclut Mail, Calendar, Drive, Docs, Sheets, VPN, Pass (gestionnaire de mots de passe d’équipe) et Lumo, un assistant IA privacy-first disponible sur le plan Premium.

Workspace Standard (€12,99/utilisateur/mois en facturation annuelle) : 1 To par utilisateur, Meet jusqu’à 100 participants, 15 domaines email, Mail, Calendar, Drive, Docs, Sheets, VPN, Pass.

Workspace Premium (€19,99/utilisateur/mois en facturation annuelle) : 3 To par utilisateur, Meet jusqu’à 250 participants, 20 domaines email, Lumo (IA privacy-first) inclus, assistant rédaction email, policies de retention configurables.

Workspace vise les équipes qui veulent remplacer Google Workspace ou Microsoft 365 par une alternative entièrement chiffrée. C’est la cible PME directe : tu gardes une organisation collaborative complète (email, documents, réunions, mots de passe) mais tu bascules sur une juridiction suisse avec un modèle économique fondé sur les abonnements, pas sur la publicité ou la revente de données.

Proton AG est certifié ISO 27001 et audité SOC 2 Type II. Workspace est compatible RGPD, HIPAA et CCPA.

Proton Workspace Standard vs Premium — comparatif fonctionnalités et stockage

Ce que ça change concrètement pour un indépendant ou une PME

Pour les cas où la confidentialité compte :

Appel avec un avocat pour discuter d’un litige. Réunion avec ton expert-comptable sur une restructuration. Échange avec un client qui partage des données sensibles. Revue de code en équipe sur un projet confidentiel (et tu devrais considérer que tous tes projets le sont).

Dans ces situations, la différence entre “chiffré en transit” et “chiffré de bout en bout” n’est pas théorique. C’est la différence entre un document dans une enveloppe et un document dans un coffre que le transporteur ne peut pas ouvrir.

Zéro friction pour tes interlocuteurs :

Ton client n’a pas besoin de créer un compte, de télécharger une app, ni de te demander “c’est quoi Proton ?”. Tu lui envoies un lien, il clique, il est dans la réunion depuis son navigateur. C’est le niveau de friction de Zoom ou Google Meet, avec le niveau de confidentialité d’une infrastructure chiffrée de bout en bout. Pour convaincre ton équipe, ou encore un client réticent à “changer d’outil”, c’est l’argument le plus solide.

Pour les équipes à distance :

Si ton équipe est déjà dans l’écosystème Proton (Mail, Drive), Workspace Standard ou Premium donne accès à Meet avec des limites de participants et de durée cohérentes avec la plupart des usages professionnels. La promesse de ne pas avoir à sortir de l’écosystème souverain pour une visio est réelle.

Ce que Proton Meet ne fait pas (encore) :

Pas d’enregistrement cloud côté Proton : architecturalement cohérent avec le E2EE, le serveur ne peut pas enregistrer ce qu’il ne peut pas déchiffrer. L’enregistrement local côté hôte reste possible si tu en as besoin (conformité, documentation). Pas non plus de transcription auto, sous-titres en direct ou résumés IA : ces features nécessitent un traitement serveur du contenu en clair, incompatible avec E2EE strict. C’est l’arbitrage assumé : privacy ou IA serveur, pas les deux.

À lire : Apple Mail vs Gmail vs Proton Mail : le comparatif honnête


Les limites réelles à connaître

La version gratuite est limitée. Une heure par appel, cela peut s’avérer insuffisant pour un entretien client large, un atelier ou une formation. 50 participants suffisent pour la grande majorité des réunions d’équipe, mais c’est juste pour un webinaire.

La migration de l’écosystème a un coût. Si ton équipe est habituée à Teams avec ses intégrations Office 365, passer à Workspace n’est pas transparent. Les docs Proton (Docs, Sheets) sont fonctionnels mais n’ont pas encore la maturité de Google Workspace sur les fonctionnalités avancées de collaboration. C’est un choix, pas une amélioration sur tous les tableaux.

Les intégrations tierces sont limitées. Proton Meet s’intègre nativement avec Proton Calendar pour l’insertion de liens de réunion. En dehors de ça, les intégrations avec des outils comme Slack, Notion ou des CRM sont absentes ou limitées, là où Zoom et Teams ont des années d’écosystème derrière eux.

Le prix par rapport à la concurrence. La bonne comparaison n’est pas Meet Pro contre une autre ligne de visio. Il faut regarder l’angle des suites complètes.
Proton Workspace Standard (€12,99/utilisateur/mois) contre Google Workspace Business Starter (~6,80 €/utilisateur/mois) ou Microsoft 365 Business Basic (~6 €/utilisateur/mois).

Proton est environ deux fois plus cher. Google et Microsoft proposent E2EE en option mais ça désactive sous-titres auto, transcription, Copilot/Duet .

Proton Meet ne propose pas non plus ces features, mais c’est par cohérence E2EE assumée dès le départ. Le delta de prix, c’est le coût d’un service privacy complet, qui vit de ton abonnement plutôt que de tes données.

À lire : Proton Bridge + Apple Mail sur Mac : le chiffrement sans sacrifier le confort


Pour les pressés

Proton Meet est une visioconférence E2EE qui utilise le protocole MLS, open source, audité indépendamment, juridiction suisse. Lancement le 31 mars 2026.

Plan gratuit : 50 participants, 1 heure. Tes invités rejoignent depuis leur navigateur, sans compte ni installation.

Meet Professional : jusqu’à 250 participants, 24 heures, à partir de $7,99 USD/utilisateur/mois (inclus dans Workspace Standard et Premium).

Proton Workspace : suite complète pour équipes avec apps Mail, Calendar, Drive, Docs, Sheets, Meet, VPN, Pass, en Standard et Premium (Lumo IA compris pour Premium).

Ce n’est pas un remplacement universel de Zoom ou Teams. C’est la bonne option si la confidentialité architecturale de tes réunions compte pour toi, ou bien si tu es déjà dans l’écosystème Proton.

Si tu veux une suite entièrement chiffrée et cohérente pour ton équipe, sans dépendre d’une infrastructure américaine soumise au CLOUD Act et à la juridiction 5 Eyes, et que tu veux que tes données n’abreuvent pas en plus une régie publicitaire, la suite Proton Workspace s’adresse à toi et à ton équipe. C’est un candidat très sérieux à évaluer.

Pour un indépendant avec des appels clients inférieurs à une heure, le plan gratuit avec 50 participants max est largement suffisant. Pour une équipe qui veut migrer hors Google Workspace ou Microsoft 365 : Proton Workspace mérite une évaluation sérieuse.

Des termes techniques ? Consulte le glossaire.